Décollage de la fusée emmenant trois Américains et un Canadien autour de la Lune, au Kennedy Space Center à Cap Canaveral, en Floride, le 1er avril 2026 ( AFP / Jim Watson )
Les quatre astronautes de la mission Artémis 2 de la Nasa se sont envolés mercredi pour un aller-retour de dix jours autour de la Lune, une mission test pour ouvrir la voie à un retour sur le sol lunaire en 2028.
"Après une brève interruption de 54 ans, la Nasa reprend sa mission d'envoyer des astronautes vers la Lune", a déclaré Jared Isaacman, le patron de l'agence spatiale américaine nommé par Donald Trump, lors d'une conférence de presse après le lancement.
La fusée Space Launch System (SLS) a décollé à l'heure, à 18H35 (22H35 GMT), depuis le centre spatial Kennedy en Floride. Quelques minutes plus tard, le commandant américain de la mission, Reid Wiseman, s'exclamait déjà: "Nous voyons un beau lever de Lune".
"Nous partons pour l'humanité tout entière", a déclaré dix minutes avant le décollage son coéquipier canadien Jeremy Hansen.
A bord ont également pris place les Américains Victor Glover et Christina Koch.
Ils se sont envolés du même pas de lancement légendaire d'où étaient partis les astronautes d'Apollo, pour ce premier retour vers la Lune depuis la fin des vols Apollo en 1972.
Leur capsule Orion s'est détachée comme prévu huit minutes après le décollage du premier étage qui l'a propulsée dans l'espace, puis elle s'est placée en orbite terrestre.
Les quatre astronautes de la mission Artémis 2 avant leur décollage, le 1er avril 2026 au Kennedy Space Center de Cap Canaveral (Floride) ( AFP / Jim WATSON )
Ils feront plusieurs fois le tour de la Terre à quelque 27.000 km/h, en augmentant progressivement leur altitude, afin de vérifier que les systèmes fonctionnent.
La prochaine grande étape aura lieu jeudi vers 23H30 GMT, lorsqu'ils allumeront les moteurs pour prendre la direction de la Lune, dont ils feront le tour lundi, sans se poser, comme Apollo 8 en 1968.
Dans la soirée, le président Donald Trump a commencé son allocution sur l'Iran en félicitant les "courageux astronautes" pour leur lancement réussi.
- Problèmes de toilettes -
Quelques imprévus techniques ont occupé le centre de contrôle de la Nasa à Houston dans les premières heures du vol: la communication avec les astronautes a brièvement été perdue, et les toilettes ne fonctionnent pas encore.
Décollage de la fusée emmenant trois Américains et un Canadien autour de la Lune, au Kennedy Space Center à Cap Canaveral, en Floride, le 1er avril 2026 ( AFP / Jim WATSON )
"C'est juste le début", a commenté Amit Kshatriya de la Nasa, avec le flegme typique des hauts responsables de l'agence.
Mais une manœuvre en orbite, lors de laquelle Victor Glover a pris les commandes d'Orion pour simuler un amarrage avec un autre appareil, s'est déroulée parfaitement.
"C'était bien de voler avec vous, Houston. Beau véhicule", a-t-il lancé au centre de contrôle.
Au Centre spatial Kennedy, des ovations et cris de joie ont accompagné l'ascension de la fusée dans un ciel radieux.
"Je suis tellement heureuse qu'on retourne vers la Lune, tout le monde devrait être heureux et suivre les dix prochains jours, c'est un grand pas pour l'humanité", s'exclame, comme sonnée, l'ancienne astronaute Sian Proctor, présente sur place.
Le programme Artémis a coûté des dizaines de milliards de dollars et pris des années de retard.
"La Nasa a vraiment besoin que cela marche", dit à l'AFP Casey Dreier, de The Planetary Society, rappelant que le moral au sein de l'agence est en berne, à cause de problèmes budgétaires et de départs en masse, notamment des chercheurs qui travaillent sur le climat.
- Et les Européens? -
A l'origine, le programme Artémis a été conçu pour symboliser un nouvel esprit de collaboration internationale et d'inclusion.
Les quatre astronautes de la mission Artémis 2 avant leur décollage, le 1er avril 2026 au Kennedy Space Center de Cap Canaveral (Floride) ( AFP / Jim WATSON )
Son équipage est ainsi le premier à inclure une femme, un homme noir et un non Américain; les pionniers de l'époque d'Apollo (1968 à 1972) étaient tous des hommes américains blancs.
Les Européens participent: ils ont fabriqué le module qui propulse Orion, et devaient envoyer leurs astronautes dans de futures missions, y compris sur la Lune.
Mais la Nasa a récemment modifié en profondeur la suite du programme Artemis, annulant le projet de station en orbite lunaire, et n'a pas clairement dit si les Européens garderaient leur billet pour la Lune.
Présent au centre Kennedy, le directeur général de l'Agence spatiale européenne, Josef Aschbacher, a confirmé à l'AFP qu'il allait devoir s"'asseoir avec l'administrateur, Jared Isaacman, et la Nasa, pour négocier" les places.
- Doutes sur 2028 -
La journée a été longue jusqu'à allumage. Le remplissage des immenses réservoirs de millions de litres d'oxygène et d'hydrogène liquides a duré à lui seul quatre heures.
Infographie montrant les principales étapes de la mission Artemis 2 de la Nasa, visant à emmener un équipage de quatre personnes dans le vaisseau spatial Orion autour de la Lune, avec un lancement prévu début 2026 ( AFP / Jonathan WALTER )
Puis, plusieurs heures avant le décollage, les astronautes se sont sanglés au sommet de la fusée, dans Orion qui sera leur habitat jusqu'à leur retour au large de la Californie, dans le Pacifique, prévu le 10 avril.
Les astronautes devraient battre le record de l'équipage s'étant le plus éloigné de la Terre, lundi prochain.
Leur mission vise à confirmer que cette fusée haute de 98 mètres et non réutilisable pourra acheminer des astronautes sur la surface lunaire d'ici 2028, avant la fin du mandat de Donald Trump.
"Artémis 2 est le premier acte, c'est la mission test, elle va préparer le terrain pour les missions suivantes", a expliqué Jared Isaacman.
Mais la date de 2028 fait douter les experts car les astronautes auront besoin d'un alunisseur... toujours en cours de développement par les entreprises des milliardaires Elon Musk (SpaceX) et Jeff Bezos (Blue Origin).

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